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Surfons sur les vagues Lean pour plus d’agilité

Surfons sur les vagues Lean pour plus d’agilité

Toujours à la recherche de plus de flexibilité, les directions informatiques, précurseurs dans l’usage de Lean et de l’agilité, sont en mesure de promouvoir l’extension de l’agilité à toute l’entreprise

Les entreprises font face à des enjeux contradictoires : des marchés toujours plus vastes à couvrir avec des ressources toujours plus limitées. Pour rester compétitives, elles ont l’obligation de gagner en flexibilité. C’est vrai pour tous les métiers de l’entreprise et en particulier pour la DSI au cœur de la transformation digitale et la première impactée par le besoin de réduction du time-to-market des produits.

La DSI a déjà travaillé sur cette exigence de flexibilité en faisant évoluer son modèle de management, elle a introduit le Lean dans ses équipes et l’agilité , souvent par les projets. Les directions métiers, qui sont aujourd’hui confrontés à plus de complexités et d’incertitudes en ce qui concerne leur stratégie, pourraient s’en inspirer. Finalement,  les démarches mises en œuvre au sein des DSI ne pourraient-elles pas être prises en référence ?

Une flexibilité qu’il est nécessaire d’étendre

Les modalités du Lean et de l’agilité sont sommes toutes bien maîtrisées au sein des équipes opérationnelles mais pas forcément dans les niveaux hiérarchiques supérieurs. La pression sur les résultats conduit à des changements d’orientations trop fréquents. Celle-ci impose désormais aux managers de devenir des leaders pour impliquer davantage leurs équipes, en favorisant leur autonomie afin d’accroitre la création de valeur au service de la stratégie (voir notre précédent article sur le sujet). Il existe des modèles d’extension de l’agilité à toute l’entreprise, que l’on appelle communément Agilité à l’échelle. Par exemple, SAFe (Scaled Agile Framework), LeSS (Large Scale Scrum) ou encore l’exemple d’implémentation de Spotify facilitent cette évolution en s’appuyant sur un héritage de principes, de pratiques et d’outils de transformations Lean et Agile.

 

Une expérience en cours d’Agilité à l’Echelle

Pionnière dans ces démarches, la banque d’investissement de la Société Générale (GBIS) expérimente, depuis 2015, les trois modèles cités plus haut, comme en atteste la communication faite cet été. Il ressort des premiers résultats observés que les différentes caractéristiques des modèles sont variablement capables de répondre aux nouveaux enjeux et contraintes des entreprises. Par exemple, le modèle SAFe est construit autour de quatre niveaux (portefeuille, chaîne de valeur, programme et équipe). Les principes de backlog, de sprint sous forme de Train de livraison Agile (Agile Release Train) et de Kanban à tous les niveaux marquent son héritage de construction. C’est la promesse d’un traitement transverse des sujets et à chacun des niveaux de la DSI.

L’avantage de l’expérience acquise

Pour une organisation qui souhaite étendre le concept d’Agilité, les avantages que l’on peut tirer des expériences antérieures sont indéniables :

  • Sur le plan de l’équipe : l’existence d’équipes à taille humaine auto-organisée, un renforcement de la subsidiarité, des managers positionnés comme « coach », de la visibilité sur les contributions, des feed-back réguliers et l’usage d’outils collaboratifs.
  • D’un point de vue culturel : la sensibilisation déjà faite à tous les acteurs au sein des équipes Lean (le Kanban, la quête de valeur client, l’organisation apprenante, la cascade de meetings, et tous les rituels associés tel que le daily meeting, …).

Un vécu en demi-teinte à revoir

Les nombreux retours d’expérience de vagues de transformation Lean dans les équipes sont instructifs. Si globalement la tenue des engagements de livraison est satisfaisante, le bilan humain l’est moins. Parmi les travers observés, il y a eu une montée du stress effective, à force de densification de la charge de travail chez les collaborateurs, mais aussi chez les managers dépossédés pour partie de leurs prérogatives. La gestion itérative des activités a installé une pression accrue, qui est également à la source d’une individualisation des tâches qui peut s’apparenter à une Taylorisation du travail. Les causes (partiellement traitées) en sont : la mise en compétition entre collègues, la charge mentale accumulée, la perte du sentiment d’accomplissement et le doute sur le sens de son travail. Mais de ces expériences qui ont éprouvé les collaborateurs, les équipes et managers peuvent commencer par apprendre de leurs erreurs et s’en servir pour progresser. D’une certaine manière elles disposent toutes d’un terrain propice à cette extension.

 

Des exigences pour obtenir des bienfaits

Pour réussir l’extension de l’Agilité à l’organisation toute entière, si l’on envisage par exemple le cas d’une l’application de SAFe, il existe plusieurs facteurs clés à satisfaire :

  • Si l’organisation a déjà appliqué le Lean management, elle devra travailler à la correction des erreurs commises sur l’interprétation faites des principes Lean,
  • Il sera indispensable également d’introduire des pratiques itératives dans la gestion de la gouvernance du portefeuille, et dans celles des programmes,
  • Enfin, une autre exigence concerne la sélection et l’engagement des sujets stratégiques et non stratégiques. Les besoins doivent être qualifiés par la valeur des services apportés aux utilisateurs et à la vision stratégique.

 

C’est ainsi que l’introduction de SAFe apportera toute sa valeur à l’organisation : en sélectionnant à tous les niveaux de l’organisation les tâches/sujets à valeur ajoutées pour le client, en accroissant la maîtrise des délais, en favorisant la prise de décision locale, en développant l’autonomie et en redonnant du sens au travail pour chacun.

 

Cette lecture croisée entre le challenge d’une agilité transverse à la DSI et les bénéfices à tirer de l’héritage des transformations Lean et Agile, prouve qu’il existe des enjeux et des bénéfices d’un passage à grande échelle :

  • La transformation Agile de l’organisation touche toutes les équipes produits et concerne tout autant le management que la gouvernance de la DSI,
  • Une telle démarche de déploiement s’adresse aux individus,
  • La transformation est facilitée lorsqu’il existe des équipes délivrant en cycle Agile et des collaborateurs acculturés au Lean,
  • Le déploiement étendu, par le rapprochement DSI et Métiers, permet de consolider une culture favorisant la confiance, la responsabilisation, l’autonomie, le goût de l’excellence et le sens autour de la vision stratégique.

 

Ainsi, l’introduction d’un cadre d’Agilité à l’Echelle répond aux nouveaux enjeux de flexibilité globale et valorise du même coup les investissements organisationnels passés.

 

Karl BERARD

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